(Spécial Mom.)
Je me suis tapé 5 heures de marche dans Paris aujourd’hui (ce qui inclut toutefois 2 pauses-café passées à compulser mes notes). Je voulais parcourir le tracé de l’enceinte de Philippe-Auguste, laquelle remonte au XIIIe siècle. Cette enceinte fait environ dix kilomètres de circonférence.
Mais j’avais mal calculé mon coup : à force de piétiner ici et là (voir prochain article), je n’aurai fait finalement effectué que le tiers du parcours… en cinq heures !
Bon, cela dit, comme j’était dans le coin, et comme Mom s’y intéressait (cf commentaire Rue de la Lune), j’ai fait un petit détour rue Volta, dans le IIIe arrondissement. Il s’agit d’une rue assez courte (5 fois la profondeur du terrain de Pop, à peu près) et passablement étroite par endroits (12 pieds environ, soit 4 mètres).
Résumons : la plus vieille maison de Paris est … vieille, c’est le moins qu’on puisse dire. Elle aurait été construite en 1292, c’est-à-dire il a plus de sept cents ans, ou, si on préfère, deux cents ans avant que Christophe Colomb ne découvre l’Amérique.
Sachant qu’il faut compter 30 ans par génération, on peut estimer que près de 24 générations auront habité cette maison.
Autres repères :
- La France en était alors à sa 8e croisade (1270).
- L’Europe comptait 69 millions d’habitants (le double de la population actuelle du Canada).
- La bière Leffe n’avait été inventée que 50 ans plus tôt.
- Saint Thomas d’Aquin était mort depuis une vingtaine d’années seulement.
- Macro Polo était sur le point d’écrire ses Voyages (1295).
- La première pierre de Notre-Dame-de-Paris avait été posée cent ans plus tôt (1180).
- Les Chinois étaient sur le point d’inventer le canon (1298).
- Le pape Clément V ne le savait pas encore, mais il était sur le point d’élire domicile à Avignon (1309).
- Finalement, personne encore ne soupçonnait la Guerre des Cent ans à venir (1337).
Bref, on était alors en plein Moyen-Âge. Paris s’était retranché derrière une nouvelle enceinte fortifiée, celle de Philippe-Auguste. Il s’agissait d’un mur de 27 pieds de haut sur 10 pieds d’épaisseur. Chemin de ronde, créneaux, tour de plus de 40 pieds de haut tous les 200 pieds, il s’agissait d’une véritable muraille défensive. Le Paris d’alors ressemblait à Carcassonne.
(Le roi d’alors, Philippe IV, dit Philippe le Bel, est né à Fontainbleau en 1268. Il a 24 ans et règne sur le royaume Franc depuis 7 ans.)
Or, la plus vieille maison de Paris fut en fait construite à l’extérieur de cette enceinte, à environ un demi-kilomètre au nord, dans le petit bourg Saint-Martin-des-Champs, sur une rue qui portait alors le nom de Frépillon.
Voici ce qu’en dit Hillairet :
Le bailli du domaine rural du bourg Saint-Martin-des-Champs avant déjà, en 1292, son siège rue Frépillon alors que le maire du même domaine avait le sien dans la rue au Maire. Sans qu’aucun texte ne puisse permettre de l’affirmer, on est fondé de penser que la plus vieille maison actuelle de Paris est l’ancienne maison de ce bailli : c’était, naturellement, la plus belle du quartier, peut-être aussi la plus haute : quatre étages. Cela lui a valu, pendant des siècles, une certaine considération : de nos jours, son ancienneté a eu pour heureux effet d’éviter qu’elle ne soit démolie lors de l’élargissement de la rue.
Curieusement, la plupart des sites internet font de la maison Nicolas Flamel la plus vieille maison de Paris. Or, selon Hillairet toujours (Hillairet est sans conteste l’historien des rues de Paris le plus fiable - son Dictionnaire des rues de Paris, que j’ai acheté à mon arrivée, fait plus de 1500 pages), Hillairet, disais-je, raconte ceci à propos du 51, rue de Montmorency :
Maison du Grand-Pignon construite en 1407, pour Nicolas Flamel. C’est donc l’une des plus vieilles maisons de Paris, la deuxième après celle de la rue Volta. Nicolas Flamel ne l’habitait pas. Il louait le rez-de-chaussée et hébergeait gratuitement, dans les étages supérieurs, de pauvres gens sous réserve que ceux-ci disent, chaque matin, un Pater et un Ave pour les trépassés.
Sans doute sont-ils mal informés…
Au fait : Nicolas Flamel est l’un des plus célèbres alchimistes qui ait été. Il s’intéressa, comme tous les alchimistes, à la pierre philosophale, laquelle devait permettre de transmuter les métaux vils — tel le plomb — en or. À l’époque, on croyait que l’univers était constitué de quatre éléments : la terre, l’eau, l’air et le feu (étonnant de constater que ces croyances ont encore leurs adeptes aujourd’hui !). La pierre philosophale devait être le cinquième élément.
Photo de la maison du 3, rue Volta (il s’agit maintenant d’un commerce chinois - en fait, plusieurs commerces du coin sont chinois) :

Avec un peu plus de recul (pas facile dans une rue aussi étroite !) :
