Archives pour November 12, 2006

Défense de jouer

Lu ce succulent petit entrefilet dans le Figaro du 9 novembre 1829 :

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Je transcris :

Le préfet de police vient de rendre une ordonnance qui défend de jouer du cor, de la trompette, de la trombonne, et probablement aussi de la grosse caisse, avant cinq heures du matin pendant l’hiver, et quatre heures pendant l’été.

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Transports difficiles, ce n’est pas d’hier

Lu tout à l’heure un article dans le Figaro du 31 décembre 1865 (soit cent ans avant ma naissance) qui montre bien que ce n’est pas d’hier qu’il faut jouer du coude ou du klaxon ici pour se déplacer :

Le coté terrible de ces derniers jours de décembre, le plus encombré des mois, c’est qu’il est aussi difficile de marcher que d’aller en voiture. Avant-hier, rue Richelieu (…) les fiâcres grimpaient les uns sur les autres, et les bureaux d’omnibus vomissaient une population ruisselante d’un macadam effréné. Il est des gens incorrigibles qui croient qu’on trouve encore de la place dans les omnibus. Je dois même reconnaitre qu’ayant voulu quelquefois m’introduire dans une de ces boîtes de dominos, j’en ai toujours été empêché par le conducteur, qui m’a fait signe que le véhicule était plein.

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Quelques édifices pas mal sur le tracé de l’enceinte

Ces photos ont été prises cet après-midi.

Un petit îlot comme je les aime bien, rue du Jour, près du Louvre :

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La rue du Jour était un petit chemin de ronde à l’époque de l’enceinte de Philippe-Auguste. Charles V s’y fit construire un petit pied-à-terre qui fut appelé Séjour du Roi. La rue s’appela donc rue du Séjour pendant un moment. Vers le XVIIe siècle toutefois, ce nom devint rue du Jour.

Sur cette rue s’élève l’église Saint-Eustache, qui s’appela d’abord Sainte-Agnès. Elle fut construite par un notable du coin, Jean Alais, auquel le roi Philippe Auguste avait consentit une taxe spéciale d’un denier sur chaque panier de poisson vendu aux Halles. Il amassa rapidement une fortune facile, mais fut pris de remords et assigna une partie de celle-ci à la construction de cette église.

Cette église pris le nom de Saint-Eustache une dizaine d’années après sa construction, sans doute parce qu’elle abrita quelques reliques de Saint Eustache.

Détail intéressant : Saint Eustache était un chef militaire. Il fut martyrisé en 130 sous l’empereur Romain Adrien d’une façon assez horrible : on l’enferma avec sa femme, Tatiane, et ses deux fils dans un taurau en airain qui fut chauffé à blanc…

Autres détails concernant l’église Saint-Eustache :

  • Richelieu y fut baptisé en 1586 ;
  • Jean Poquelin (Molière) le fut en 1622 ;
  • Jeanne Poisson (la Pompadour), en 1721 ;
  • Louis XIV y fit sa première communion en 1649 ;
  • Lully s’y maria en 1662 ;
  • On y célébra les obsèques de Molière en 1673;
  • Celles de La Fontaine, en 1695 ;
  • Celles de la mère de Mozart, en 1778 ;
  • Celles de Mirabeau, en 1791 (100 000 personnes y assistaient ; on tira une salve de 20 000 coups de fusils…) ;
  • Berlioz y dirigea la première exécutio de son Te Deum en 1844 ;
  • Liszt, celle de sa Messe Solennelle en 1886 ;

Bref, revenons à nos ti-moutons : quelques édifices devant l’église Saint-Eustache. Noter l’édifice du centre et celui de gauche : une fenêtre par étage.

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L’église Saint-Eustache n’a aucun recul. Les maisons s’adossent à elle et le tout forme l’une des structures les plus compliquées que j’ai vues. Les colonnes de l’église avancent littéralement dans la rue :

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L’hôtel de Royaumont (reproduction fidèle de l’hôtel de 1612, seul le porche est d’origine) a été construit dans son ombre :

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Gros plan du porche d’origine :

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Plus loin, rue Saint-Denis (laquelle n’est pas sur le tracé de l’enceinte, toutefois) :

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Un petit passage que j’ignorais encore (dans un sens, puis dans l’autre) :

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Vestiges

On voit clairement que l’édifice suivant était appuyé contre une tour de l’enceinte de Philippe-Auguste. Le bâtiment de gauche, qui fait un angle inédit avec la rue, suivant sans doute cette enceinte.

Cette enceinte fut construite au XIIIe siècle.

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Louvre

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Premier rang

Tout à l’heure, au Jardin des Tuileries, sous une pluie fine.

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Intérieur de l’Opéra…

… je me demandais depuis un moment comment c’était, là-dedans. Belle occasion aujourd’hui : des gens entraient sans doute pour une représentation. Je me suis glissé dans le lot…

L’entrée :

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L’escalier du centre (noter la gueule des petits anges !) :

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L’étage au-dessus :

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Le plan de la salle (photo d’une maquette) :

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L’hiver est proche…

Sur la petite rue qui longe l’opéra Garnier (rue Scribe) :

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La plus vieille maison de Paris

(Spécial Mom.)

Je me suis tapé 5 heures de marche dans Paris aujourd’hui (ce qui inclut toutefois 2 pauses-café passées à compulser mes notes). Je voulais parcourir le tracé de l’enceinte de Philippe-Auguste, laquelle remonte au XIIIe siècle. Cette enceinte fait environ dix kilomètres de circonférence.

Mais j’avais mal calculé mon coup : à force de piétiner ici et là (voir prochain article), je n’aurai fait finalement effectué que le tiers du parcours… en cinq heures !

Bon, cela dit, comme j’était dans le coin, et comme Mom s’y intéressait (cf commentaire Rue de la Lune), j’ai fait un petit détour rue Volta, dans le IIIe arrondissement. Il s’agit d’une rue assez courte (5 fois la profondeur du terrain de Pop, à peu près) et passablement étroite par endroits (12 pieds environ, soit 4 mètres).

Résumons : la plus vieille maison de Paris est … vieille, c’est le moins qu’on puisse dire. Elle aurait été construite en 1292, c’est-à-dire il a plus de sept cents ans, ou, si on préfère, deux cents ans avant que Christophe Colomb ne découvre l’Amérique.

Sachant qu’il faut compter 30 ans par génération, on peut estimer que près de 24 générations auront habité cette maison.

Autres repères :

  • La France en était alors à sa 8e croisade (1270).
  • L’Europe comptait 69 millions d’habitants (le double de la population actuelle du Canada).
  • La bière Leffe n’avait été inventée que 50 ans plus tôt.
  • Saint Thomas d’Aquin était mort depuis une vingtaine d’années seulement.
  • Macro Polo était sur le point d’écrire ses Voyages (1295).
  • La première pierre de Notre-Dame-de-Paris avait été posée cent ans plus tôt (1180).
  • Les Chinois étaient sur le point d’inventer le canon (1298).
  • Le pape Clément V ne le savait pas encore, mais il était sur le point d’élire domicile à Avignon (1309).
  • Finalement, personne encore ne soupçonnait la Guerre des Cent ans à venir (1337).

Bref, on était alors en plein Moyen-Âge. Paris s’était retranché derrière une nouvelle enceinte fortifiée, celle de Philippe-Auguste. Il s’agissait d’un mur de 27 pieds de haut sur 10 pieds d’épaisseur. Chemin de ronde, créneaux, tour de plus de 40 pieds de haut tous les 200 pieds, il s’agissait d’une véritable muraille défensive. Le Paris d’alors ressemblait à Carcassonne.

(Le roi d’alors, Philippe IV, dit Philippe le Bel, est né à Fontainbleau en 1268. Il a 24 ans et règne sur le royaume Franc depuis 7 ans.)

Or, la plus vieille maison de Paris fut en fait construite à l’extérieur de cette enceinte, à environ un demi-kilomètre au nord, dans le petit bourg Saint-Martin-des-Champs, sur une rue qui portait alors le nom de Frépillon.

Voici ce qu’en dit Hillairet :

Le bailli du domaine rural du bourg Saint-Martin-des-Champs avant déjà, en 1292, son siège rue Frépillon alors que le maire du même domaine avait le sien dans la rue au Maire. Sans qu’aucun texte ne puisse permettre de l’affirmer, on est fondé de penser que la plus vieille maison actuelle de Paris est l’ancienne maison de ce bailli : c’était, naturellement, la plus belle du quartier, peut-être aussi la plus haute : quatre étages. Cela lui a valu, pendant des siècles, une certaine considération : de nos jours, son ancienneté a eu pour heureux effet d’éviter qu’elle ne soit démolie lors de l’élargissement de la rue.

Curieusement, la plupart des sites internet font de la maison Nicolas Flamel la plus vieille maison de Paris. Or, selon Hillairet toujours (Hillairet est sans conteste l’historien des rues de Paris le plus fiable - son Dictionnaire des rues de Paris, que j’ai acheté à mon arrivée, fait plus de 1500 pages), Hillairet, disais-je, raconte ceci à propos du 51, rue de Montmorency :

Maison du Grand-Pignon construite en 1407, pour Nicolas Flamel. C’est donc l’une des plus vieilles maisons de Paris, la deuxième après celle de la rue Volta. Nicolas Flamel ne l’habitait pas. Il louait le rez-de-chaussée et hébergeait gratuitement, dans les étages supérieurs, de pauvres gens sous réserve que ceux-ci disent, chaque matin, un Pater et un Ave pour les trépassés.

Sans doute sont-ils mal informés…

Au fait : Nicolas Flamel est l’un des plus célèbres alchimistes qui ait été. Il s’intéressa, comme tous les alchimistes, à la pierre philosophale, laquelle devait permettre de transmuter les métaux vils — tel le plomb — en or. À l’époque, on croyait que l’univers était constitué de quatre éléments : la terre, l’eau, l’air et le feu (étonnant de constater que ces croyances ont encore leurs adeptes aujourd’hui !). La pierre philosophale devait être le cinquième élément.

Photo de la maison du 3, rue Volta (il s’agit maintenant d’un commerce chinois - en fait, plusieurs commerces du coin sont chinois) :

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Avec un peu plus de recul (pas facile dans une rue aussi étroite !) :

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